img

Beurette” en premier mot recherché sur le site xHamster en 2019 et c’était déjà le cas sur Pornhub en 2013. Le racisme et la pornographie sont régulièrement associés lors de la publication de ces tops ou à l'arrivée de vidéos aux titres suspects (“Beurettes à gros seins en gang bang”, trouvée sur internet par Cheek Magazine). Une tendance qui ne date pas d’hier. Il semblerait que le racisme pornographique se soit développé en même temps que… La pornographie. La diffusion à grande échelle d’images pornographiques émerge dans les années 1880, le temps de la fascination malsaine pour l’exotisme et de la domination coloniale des puissances européennes.  

Comme le plus vieux métier du monde, on se doute bien que les premiers chasseurs-cueilleurs à l’esprit branché pelotage des cavernes ont très vite inventé des histoires autour de la bête à deux dos. L’érotisme fictionnel et les oeuvres pornographiques existent depuis longtemps par la narration orale et écrite (coucou Sade). N’exagérons rien, ces histoires de boudoir étaient, en France et en Angleterre, réservées à une population masculine, blanche et élitiste, amatrice de sauteries mondaines et surtout, lettrée, ce qui n’était pas le cas des populations les plus précaires. Heureusement, le progrès technique amène les foules vers le savoir - ou pas. Avec l’invention de la photographie et la diffusion de la pornographie visuelle par carte postale à la fin du XIXème siècle, naît aussi une stigmatisation des populations colonisées laissant place à un érotisme malsain à souhait, que l'universitaire américaine Lisa Sigel a vite remarqué dans ses recherches. Ce phénomène s’explique par une réglementation plus abjecte que la pizza au kiwi, qui censure la pornographie sur les personnes blanches (pas de photos d’hommes et pas d’organes génitaux, de poils pubiens ou de tétons chez les femmes, coucou Instagram) mais qui, cependant, tolère toutes les obscénités chez les personnes de couleurs, du Maghreb à l’Afrique subsaharienne, du Proche-Orient à l’Asie du Sud-Est. Puisque l’Origine du monde d’une femme algérienne, marocaine ou japonaise est acceptée par les services postaux, la carte postale exotique et érotique va proliférer plus rapidement que le coronavirus (800 000 cartes envoyées en un an en Angleterre pendant l’année 1909).  Emballant tous les corps dits “étrangers” ou “coloniaux” dans une posture soumise et insignifiante de l’indigène sexualisé(e), cette industrie naissante explique, sans faire de lien direct, pourquoi nous avons encore bien des problèmes de représentation sexuelle aujourd’hui. 

porno

Du “type arabe” au “type Geisha”
Cachez-vous categories “asian gurl”, “beurette”, “latina” de Pornhub, vos ancêtres étaient pires. Les cartes postales ont véhiculé des clichés autour des populations colonisées, en instituant un certain “réalisme” à dominante touristique (un voile et un narguilé pour une algérienne, un kimono pour une japonaise) et l’affirmation de la puissance occidentale en rentrant dans leur intimité. L’exotisme pornographique rend les personnes colonisées disponibles et les classe par types, comme le souligne Lisa Sigel, du “type mauresque” au “type haïtiens”, passant par le “type cubain” au “type Geisha”. L’époque coloniale voulait rentrer dans l’intimité de ces femmes, notamment de la femme algérienne, qu’on exposait voilée, mais nue. Une domination qui n’allait que d’un côté car un homme blanc pouvait entrer dans l’intimité des femmes arabes, mais un homme noir était condamné pour possession de photographie de femmes blanches. 

Hypersexualisation et femme objet
Le porno par carte a lancé un nouveau modèle de représentation du corps féminin : centralisation autour des parties génitales, poses qui mettent en valeur le “v” pubien, positions qui place la femme en temps que réceptrice. La pornographie issue du colonialisme photographiait principalement des femmes prostituées, des femmes considérées comme “esclaves”, elles étaient représentées comme des “objets passifs et sexuels” (Lisa Sigel). On retrouve dans ces clichés une vision primitive et infantile de la sexualité. Infantiliser les femmes, ou directement photographier les enfants, pratique courante de cette industrie. La place du mineur dans la pornographie était assez importante, même dans la consommation, puisqu’il semblait courant que ces cartes postales se retrouvent dans les mains des plus jeunes. 

Prostitutes_in_Algérie_-_1910_ca._-_Roger-Viollet_Alinari

L’ouverture de la pornographie à une part plus large de la société grâce au modèle économiquement accessible de la carte postale n’a donc pas tant aidé à libérer la sexualité à l’aube de La Belle Epoque. Les classes populaires peuvent enfin y avoir accès et voir leur propre intimité, mais celle-ci reste biaisée par les codes masculins mondains de ceux qui les éditent. 

++ Sur les travaux de Lisa Sigel publiés dans Cultures pornographiques. Anthologie des porn studies (F. Vörös). Merci à Nina Meziane pour l’idée.