angeleIl y a quelques semaines Meufs, Meufs, Meufs mettait en ligne une pétition contre la censure des comptes féministes sur Instagram. Parmi les objets tombant sous les ciseaux du réseau : la représentation des corps nus, féminins (mention spéciale aux tétons qui dégagent illico s’ils sont ceux d’une femme – ceux d’un homme sont eux les bienvenus). « Mais les photos de cicatrices post-vasectomie et de femmes qui allaitent un enfant sont [elles] autorisées », souligne la pétition, également les photos de femmes « dénudées et sexualisées dans des mises en scène très clairement misogynes ». Soit : la maman et la putain – la première n’étant tolérée sur Insta que depuis 2018 (on progresse !).

Bras de fer, insultes, torgnoles
Cette censure est l’exact symbole de ce qui se joue sur les réseaux notamment autour de la représentation des corps et des sexualités : des bras de fer, des prises de pouvoir sorties de l’ombre qui t’attrapent et te jettent au sol après éventuellement t’avoir : insulté ; torgnolé copieusement ; marché sur la tronche l’air de rien. Tour d’horizon de ces (mauvaises) manières, collectives ou individuelles qu’on a intérêt à changer si on veut avancer sur les sujets de fond.

Dans « www », il y a « wide » (vaste)
Number one absolu, c’est bien sûr la censure sus-citée, initiée par les réseaux eux-mêmes. Bien rangés derrière un modèle dominant, ils jouissent, forts de leur notoriété (un milliard d’utilisateur en juin 2018), d’un pouvoir énorme – sur un fil Insta, on compte a minima une pub tous les cinq posts.

Notre grand tort à tous est de moutonner dans leurs rangs. Pour rappel, le world wide web est un espace non clos, et il est toujours possible d’initier d’autres endroits d’expression hors censure – eh Qwant, toi qui en connais un rayon sur le respect de la vie privée, ça ne te dit pas d’y réfléchir ?

Tout est permis les gars : lâchez-vous !
Autre manière de mettre des baignes numériques : les groupes d’opposition. Là, c’est généralement la foire à la beaufitude, la fiesta à la connerie option « tir à vue ». Tout est permis, les gars : lâchez-vous ! Et je dis « les gars », mais la crasserie verbale n’ayant pas de sexe, femmes et hommes y unissent leurs braiments. Un de leurs marqueurs : on y mélange tout tant que ça claque. Pour exemple (que je ne mets pas en lien parce que je préfère décrire le caca que de le livrer à domicile) : le groupe FB Paye ta féministe qui publie sur un même plan des faits divers mettant en cause des actes de violence sur enfants commis par des mères, des mèmes gratinés (« Quand la femme payera le restau pour te sucer, on pourra parler d’égalité »), des insultes à Marlène Schiappa. Dans leurs rangs, d’autoproclamés « grands chasseurs de féministes » - anonymes, il va de soi.violence AngeleCapture d’écran de réactions au clip "Balance ton quoi", où Angèle apparaît avec – bouh ! - des poils aux aisselles, compte Facebook Paye ta féministe.

Suprémacisme et smileys
Ces courageux internautes, on les retrouve en trolls absolus de Twitter, souvent sous pseudo, avec leurs jets de dégueuli et leurs cibles préférées. À ce sujet, il faut écouter l’épisode des Pieds sur terre, sur France Culture, dans lequel Faïza Zeroula, alors journaliste au Bondy Blog, a rencontré un de ses trolls, « timide, galant, un peu old school ».

Mais en parallèle des démontages franco de port/c, il y a ce genre-ci, plus vicieux sous ses airs gentillets :violence transSur ce post d’@aggressively trans, la violence pourtant non frontale (pas les insultes habituelles) est redoutable. D’abord, parce que ce commentaire positionne son locuteur en garant de la norme : c’est lui (ou elle) qui sait, il a tout bon. Un peu comme ce mec qui harcelait le petit à lunettes quand t’étais en quatrième, qui jouait toutes les balles au match de foot de fin d’année, et draguouillait sans complexe la prof principale. Zéro doute.

À partir de là, et puisqu’il est question de sa parole, de sa bonne blague – smiley, smiley, smiley – l’empathie n’est pas de mise. Ben oui : c’est qui, le boss ? Et puis qu’est-ce qu’on s’en fout de leurs conneries à toutes ces tafioles ?

Il pourrait aussi bien être question de petits chats ou de frigidaires. La personne trans est ici hors de toute considération en tant qu’humain, un simple support à la rigolade. Son expression, voire ses revendications, ses difficultés, parce qu’elles ne sont pas considérées, sont purement et simplement niées. Rien de tout cela n’existe pour le suprémaciste, rien que sa tronche – smiley again – et sinon, y a quoi à la cantine, ce midi ?

Voilà pour moi la plus grande forme de violence existante sur les réseaux. Celle qu’on voit moins parce qu’elle n’est pas agressive. Celle qu’il ne faut pas rater parce qu’elle véhicule des idées de supériorité puantes. Celle qu’il faut dénoncer qu’on en soit victime ou pas.