50 shades2 (1)Hétéros de tous les pays, garde à vous ! Le 14 février est là, qui vous guette. Préparez-vous à jouer votre rôle. Toi, louloute, tu seras épilée, sexy, raisonnablement chiante, mais tellement mignonne. Toi, beau gosse, tu auras réservé le « bon » restau, acheté le « bon » cadeau, et tu banderas quand ce sera l’heure. Prêts pour la messe hétéronormative ?

Dans cinq minutes, c’est la saint Valentin. Hashtag #CeciNestPasUnScoop vu qu’à peine la galette avalée, on commençait à se prendre des signaux de tous les côtés balisant le chemin vers la date fatidique. Grands gagnants traditionnels de cette deuxième opération commerciale de l’année (après les soldes) : les restaurateurs, les fleuristes, les parfumeurs… et les magazines féminins. D’un côté, on consomme, de l’autre, chacun est prié de jouer son rôle dans les clous hétéronormés. Autopsie d’une soirée moisie annoncée – mais tout n’est pas perdu, darling, suis-moi.

Cinquante Nuances de bullshit
La Saint Valentin, à bien y regarder, c’est pas exactement la fête à la levrette. Tu sors du taf, tu sens le petit fennec qui se néglige, bref, t’es pas au top de ton art érotique. Là-dessus, tu ajoutes les injonctions traditionnelles et celles issues de la branche bâtarde de Cinquante Nuances de bullshit, et voici qu’après la pizza et le rosé, Roméo attache Juliette avec son elastibande à abdos – alors qu’elle avait sorti exprès les menottes à fourrure. Il la dépiaute de son jean, elle porte sa grosse culotte de coton Hello Kitty – il grimace. Elle : « Désolée, baby, les jarretelles, j’ai pas eu le temps. » Mais voilà, il a débandé, et elle secoue la tête en lui assurant que « Non, c’est pas grave, on est au-dessus de ça, hein ? » En vrai, elle est dégoûtée, et lui aussi, ça va encore prendre trois plombes à se rabibocher, tous les ans c’est la même.  Etc.

Pour finir, t’es elle, t’es lui : t’as tout faux. Demain tu diras à tes collègues que c’était cool, avec un air entendu. Mais en vrai, t’as raté. Et dans ce monde où tout est noté, t’as zéro étoile et le droit de te sentir coupable. Une fois de plus, pas à la hauteur.

La faute à qui ? On peut dresser une liste des différentes strates de la société : système éducatif, management, religion, etc. On peut également envisager en Grands Coupables les magazines féminins qui dispensent leurs injonctions. Mais pour que ceux-ci aient un impact, que leurs rédacteurs continuent de dicter leurs tips à l’occasion de la fête de l’amour (ce que vous allez faire avec votre lover – jusque dans votre lit !), c’est sûrement qu’on les lit, qu’on en redemande, voire qu’on en raffole – non ?penisPrincesses et footballeurs
Affaire d’époque, on est pile dans un moment grand écart. D’un côté, on dénonce à tout va une société patriarcale où les femmes veulent jouir enfin, où les hommes en ont marre de devoir porter leur virilité au bout de leur queue ; d’un autre côté, on continue de vouloir être rassuré sur le registre « moi, Tarzan ; toi, Jane ».

Ben oui, sortir des clous hétéronormés, ça fait peur. On adore jouer notre rôle genré. Y renoncer, particulièrement à la saint Valentin, c’est dire adieu à nos fantasmes de princesses et de footballeurs, à notre imagerie Disney en rose et bleu. C’est envisager qu’il va falloir construire différemment pour soi, à partir de soi, de ce qu’on est. Qu’on va devoir s’écouter et écouter chéri-e, avec confiance et bienveillance.

Peut-être alors qu’on aura juste envie d’aller faire une balade en forêt (et se retrouver au chaud après en tête à tête, en corps à corps). Ou bien : prendre un bain en sirotant des spritz et en mangeant des fraises Tagada. Peut-être même qu’on ne se sentira pas vraiment concerné et qu’on préférera les festivités d’un anniversaire personnel. Ou qu’on sortira tous ses toys pour le plaisir de les regarder avant de se jeter l’un sur l’autre, les yeux dans les yeux.

En contrepoint du Valentin hétéro, l’exemple queer. Chez les LGBT+, le 14 février est l’occasion de fiestas bien plus open que les ultra-codés rendez-vous hétéros. On y célèbre l’amour mais également le célibat, les paillettes, la communauté, et même la rupture... Eh, et si Juliette et Roméo se faisait leur première soirée queer, main dans la main ?