La musicienne Sia a publié sur son compte Twitter une photo d’elle nue, vraisemblablement volée, afin de tuer dans l’œuf une tentative d’extorsion de la part d’un maître-chanteur. Au lieu de s’empêtrer dans une fausse offuscation, Sia a tué le revenge porn en un seul tweet. Et cette attitude qui nécessite du courage est particulièrement inspirante.

On la voit de dos, nue, sur un balcon. On regarde ses fesses, surtout. Voici ce qu’a posté Sia sur son compte Twitter le 7 novembre dernier :

«Quelqu’un essaie visiblement de vendre à mes fans des photos de moi nue. Économisez votre argent, en voilà une gratuite. C’est Noël tous les jours !»

Le paparazzi promet qu’il en a quatorze autres, de meilleure qualité et sans floutage. Mais sincèrement, qui a envie de les acheter après une telle déculottée publique ? Force est de constater qu’il s’agit non seulement de remédier au problème de la façon la plus radicale qui soit, mais également d’envoyer un message puissant à toutes les crevures qui jouissent du revenge porn à des degrés divers. Cela va des petits crétins dans la cours de récré qui partagent des photos de leur camarade de classe, aux grands bandits tels que Craig Brittain, ancien fondateur du site IsAnybodyDown.com, qui en a fait un business juteux jusqu’à ce qu’il soit contraint d’y mettre un terme en avril 2013. Le revenge porn, rappelons-le, consiste à diffuser des photos dénudées ainsi que les informations personnelles d'une personne sans son consentement. En général figurent à côté de photos intimes le nom, parfois le profil Facebook, l’adresse et/ou son numéro de téléphone, voire le contact des parents ou de l'employeur de victimes dont la vie tourne souvent au cauchemar.
En publiant cette photo, Sia participe à faire changer la honte de camp, à attaquer non pas les femmes qui apparaissent nues ou en situation sexuelle mais plutôt les hommes qui essaient de les humilier.

D’autres personnes avant Sia ont eu ce réflexe malin. On peut songer à la sextape de Pete Burns, chanteur regretté du groupe de pop synthétique Dead or Alive, quelque peu oublié en France mais immensément connu en Grande-Bretagne. Car précisons-le, s’il concerne majoritairement les femmes, le revenge porn peut également s’en prendre aux homosexuels. Éventuellement les personnes transgenres, intergenres… Mais les hommes hétérosexuels, presque jamais. Car la honte est censée s’abattre uniquement sur les personnes faisant potentiellement office de réceptacle, en situation de prétendue passivité, et non les hommes à la sexualité supposée dominante (c’te blague) et socialement valorisée. Le revenge porn, soyons clairs, c’est pour «outer» les salopes et les pédés.

Mais revenons à Pete Burns, voulez-vous ? Durant 28 ans, Pete Burns a été marié à une femme, malgré un harcèlement de questions concernant son genre et sa sexualité, auxquelles il répondait : «Les gens veulent tout le temps savoir si je suis gay, bi, trans ou autre. Moi je dis oubliez tout ça. Il devrait exister une autre terminologie pour me définir mais je ne sais pas si elle a été inventée. Je suis juste Pete». En 2007, il a fini par épouser son amant Michael Simpson, ce qui a permis à tous ceux qui n’envisagent les choses que de façon binaire de pousser enfin ce cri de soulagement «Ah, on savait bien !». À la suite de diverses embrouilles de couple, Michael Simpson, qui disposait d’un certain nombre de vidéos privées, en aurait publié une sur un site pornographique. La première réaction de Pete Burns a été de déclarer qu’il avait pris connaissance de ces images et qu’il se trouvait très bien dessus ! Mieux que cela, il a à son tour posté une autre vidéo (le but de cette deuxième vidéo étant de dénoncer le bareback de son ex, mais ne nous égarons pas car l’affaire est compliquée).

Cette technique consistant à non seulement assumer des images sexualisées de soi mais également à en poster soi-même à son tour permet de mettre un terme immédiat à l’hémorragie sur le net. Les internautes s’intéressent bien plus aux images diffusées sans consentement, c’est horrible mais c’est ainsi. Si l’attitude de Sia et de Pete Burns est courageuse, toutes les victimes de revenge porn n’en sont pas capables pour mille raisons qu’il faut respecter. Il s’agit de deux personnalités publiques dont la situation diffère grandement des milliers de femmes (et jeunes filles) dont la vie sociale a été massacrée suite à la diffusion d’images personnelles. Car le vrai travail concernant le revenge porn n’est pas d’empêcher la diffusion de ces images. Même s’il semblerait que Facebook veuille s’emparer du problème en Australie, nous avons constamment la preuve que tout cela est peine perdue ; ce qui est effacé réapparaîtra tôt ou tard. Non, le vrai pain sur la planche concerne le changement des mentalités. Pourquoi certains hommes envoient-ils des photos de leurs anciennes copines à leurs parents, à leurs patrons, à leurs voisins ? Parce qu’ils savent très bien qu’au lieu d’être soutenues par leur environnement social, elles seront jugées, «slut-shamées». Le jour où plus personne ne jugera ce que les femmes font de leur corps et de leur sexualité, alors la circulation d’images volées s’arrêtera d’elle-même.