LA CHOSE_test-smlMon meilleur amant, je l’ai rencontré dans la rue à 23h45 un mois d’octobre, je l’ai séduit en complimentant son tote bag et après une demi-nuit de baise premium sans aucune rétractation de la part des deux parties, je ne l’ai plus jamais revu. Si bien qu’aujourd’hui, quand un homme de ma vie me demande pourquoi il n’est pas mon meilleur coup enfin c’est un scandale mais comment ça qu’est ce que je fais mal, je peux éteindre facilement les flammes des ténèbres qui se mettent à briller dans ses yeux: je n’ai pas le numéro de ma meilleure prise, et je ne connais même pas son nom de famille. (Non, ça n’est pas Banksy).

Rosé punchline et meuf RABBAT

Tout commence un soir de retrouvailles. Nous buvons du rosé pas assez cher dans un restaurant chinois avec deux amies et, ivres de nems et de sulfites, nous décidons de rentrer un brin cahin un brin caha pour entamer un deuxième round karaoké chez l’une d’entre nous. Dans la rue, ma pote qu’on appellera Linda car c’est vraiment son blaze, titube parce que c’est une petite nature, l’opération qui nous occupe consiste donc à ce qu’Anaïs (le nom du 3ème laron) et moi la soutenions pour qu’elle arrive jusqu’à notre point B sans dégobiller. Ce faisant, j’ai quand même l’oeil sur ce que Lutèce offre comme beaux garçons qui déambulent comme nous le soir tard car on ne sait jamais et je fais bien, car mon loustic se présente devant nous pour nous tenir à peu près ce bullshit : bonsoir (voix d’oiseau) excusez-moi de vous déranger (j’adore les gens polis) vous auriez du feu ? (tout ça pour ça) Oui lui dis-je, mais il faut que tu te serves dans ma poche car si je lâche ma pote elle va faire l’amour en mer avant de vomir par terre. Il sourit, d’un coup avec ma punchline pourlingue je me prends pour tous les mecs de Fauve en même temps et comme il a une tête rigolote (dans la pub Caprice des dieux il jouerait l’ange), je lui fais remarquer que son sac en tissu, typique de l’époque contemporaine mérovingienne du centre de l’Europe, me plaît beaucoup (c’est faux, mais j’ai trouvé que ça, son sac est moche, un peu mal imprimé et on y trouve des triangles entrelacés, same old story quoi). Et là, je vous le donne en mille, alors que Linda grommelle et qu’Anaïs voudrait bien rentrer chez elle, il me demande mon prénom, je lui demande le sien. Hadrien. Avec un H précise-t-il. Important pour la suite.

L’avantage à s’appeler Sophie Marie, c’est qu’on me retrouve facilement, si tant est qu’on me cherche un peu correctement. Arrivées à bon port, on n’a pas branché Sing Star depuis 20 secondes que j’ai une alerte Facebook. Hadrien A, c’est son pseudo, souhaite vous ajouter comme ami-e. J’accepte, il me poke (on avait encore le droit à l’époque), je lui envoie un Hey, il me répond coucou, je lui réponds c’est bien toi ? Oui je crois smiley. Mais t’es tout près en fait... Oui pourquoi tu veux que je passe re-smiley, je t’attends, pas de smiley. On fait un conseil express à 2 et demi (Linda est out of Africa). Anaïs me donne 5 capotes, Linda semble dire n’y va pas, mais je sens bien ce garçon, il a l’air neuf et sauvage, alors je claque la porte, je marche trois minutes, j’arrive en bas, je check mon rouge à lèvres avant de taper le code porte qui est toujours à peu près « B quelque chose 31 » 

Remuer de temps en temps

Je ne sais pas qui de lui ou moi est le plus gêné. Je crois quand même que c’est moi, mais comme je suis une fille j’ai appris à faire pour que ça ne se voit pas. On s’installe l’un en face de l’autre, il se touche les joues avec la paume des mains en s’excusant d’avoir trop chaud, je croise bras et jambes avec une sourire en m’excusant pas de prendre l’ascendant.

C’est toujours marrant une nouvelle cuisine. On n’a pas tous le même riz mais on a la même moutarde. Il est 1h du mat’, j’ai faim et je bois des bières en cannette dans un appartement supra minuscule, pendant qu’ Hadrien avec un H check le frigo. Sa mère est allemande et lui fait beaucoup de pots de confiture (aucun rapport). Et sinon, il peut me préparer du pop corn. Alors je vous le demande : quelle mignonceté prépare du pop corn au milieu de la nuit pour le plaisir alors que le deal on sait bien que c’est de me baiser tant qu’il peut ? Il remue son wok tout en me parlant de ses origines israéliennes et bretonnes, je me demande si je ne vais pas tomber amoureuse, mais pour l’instant je tombe de fatigue. Je lui fais la phase « je suis crevée je vais rentrer, et puis comme ça je te laisse te reposer + regard dans les yeux un peu trop longtemps » qui généralement est suivie de « tu peux dormir là ».

j’en place une pour toutes mes soeurs qui couchent dès le premier soir comme moi.

C’est prêt ! Bonne dégustation !

J’entre dans sa chambre, il doit être graphiste parce qu’il a ces gros livres qui font bien dans la bibliothèque. Il s’excuse à moitié pour le lit qui est à même le sol mais les draps sont des Calvin Klein et un bon drap est synonyme de bonne hygiène de vie. Je fais donc non de la tête, un non qui veut dire tout simplement cela ne m’empêchera aucunement de te baiser. Je crois qu’il a compris l’idée, puisqu’il s’excuse comme le font les gens incapables d’avoir des relations sexuelles sans être allés à la selle au préalable. Ca me laisse le temps de me désaper sans qu’il voie l’étape cul nul / t-shirt / chaussettes qui fait ressembler n’importe qui à un gamin qui part à la sieste.

Je me couche, il me rejoint, histoire de pas lui faire peur je lui ai emprunté un sweat et j’ai mis mes cheveux un peu en bataille comme une compil Smooth sunday morning, parce que Hadrien avec un H a vraiment pas l’air d’une star du X. [spoil] [spoil] [spoil] alors qu’on va voir ci-après qu’il aurait tout à fait sa place dans le game [spoil] [spoil] [spoil]

Comment amener un type à te proposer de t’enculer alors qu’il a déjà les joues roses de hardiesse en t’ouvrant la porte ? Eh bien c’est simple : en lui disant qu’on a froid. C’est facile rapide, malin et croquant, ça lui fait se dire qu’on est fragile qu’on a besoin de lui alors que pas du tout j’ai juste envie de sentir sa main si possible en entier chercher un truc dans mon frigo personnel.

Du coup, scène 1 acte 4 :

j’ai si froid, si froid ! Qu’il me prend dans ses bras. On fait semblant de dormir à peu près une seconde avant de s’embrasser. Au toucher, il est tout rond comme un Doo Wap, il prend le temps il caresse ma joue avec son pouce et ça tombe ça m’a toujours fait chavirman. C’est pas un mec en chien qui galoche comme s’il avait pas que ça à foutre. Bon, comme 84% des meufs j’ai un syndrome de l’abandon et donc je veux pas lui faire regretter son invit’ : je vais le sucer, il réagit comme un héraut en lançant des petits « oh » qui ressemblent plus à des « whauuh » maintenant que j’y repense. Moi même, je suis hyper surprise par cette verrine apéritive, on dirait qu’il est un Stylo Mont Blanc et ma bouche son étui. Alors qu’il m’attrape les épaules comme les mecs qui veulent pas te jouir dans les dents de sagesse, je me glisse contre lui telle une couette. Je sens des rugosités le long de ses bras, j’apprendrai plus tard par des amis concernés qu’on appelle ça de l’exzéma. Mais sur lui, ça fait chanmé, va savoir pourquoi. Sans ça, il aurait été beaucoup tellement propre que les meufs de M6 qui font le ménage véner chez toi se seraient reconverties en pédicures fantaisie à Belleville. A son tour, il s’en va tricoter son petit ouvrage avec la langue en bas et je jouis autant de fois qu’un coeur qui bat, de manière très régulière ahlala, le corps, quelle machine extraordinaire. Au bout du 7ème orgasme en moins de 12 minutes, je ne pense qu’à la teubeu d’HARDrien. Je lui soumets l’idée qu’on baise, qu’il accepte, non sans sortir d’un petit porte monnaie de type « tu dis rien à ton grand père », un préservatif très bien rangé qu’il enfile en le faisant claquer. (Seul bémol de la soirée : ça vaaaa). Nous commençons par faire l’amour (normal : sa mère qui lui fait des confitures), avant de passer à une baise monumentale à base de fessées et de strangulations bénignes, jusqu’à ce que le jour se lève et que nous, on se couche. Entre autres événements pendant l’ellipse de bâtarde que je viens de vous donner, mon type m’a mine de rien ramassé les cheveux en queue de cheval afin d’avoir cette fameuse prise en main qu’on connaît tout-e-s, serré les dents avant de s’approcher de mon oreille tout près tout près pour me dire « tu vas continuer à me sucer, et après je vais t’enculer ». Ce qui est quand même plus réjouissant que la perspective d’acheter le Télé Star de la semaine suivante, vous en conviendrez. Il m’a aussi glissé, mais j’ai pris ça pour de la flagornerie -les gens disent n’importe quoi sous adrénaline- que j’étais la meuf la plus bonne à laquelle il avait jamais eu accès tout en me caressant les seins mais gentiment, pas comme dans un porno où les mecs malaxent ALORS QUE NOUS NE SOMME PAS DES PÂTONS PUTAIN DE MERDE. Y doit y avoir un petit problème de confiance en soi chez ce garçon à cause de son exzéma sûrement, parce que sinon objectivement c’est la deuxième plus belle bite d’Europe que j’ai vue. Donc ok, là, fin de l’ellipse.

Deux heures plus tard, je me réveille dans une chambre chauffée à 135°c, et mon petit caprice des dieux dort si bien que je la joue gentleman cambrioleur, en mettant mes chaussures sur le palier. J’ai quand même envie de lui laisser un mot disant « wesh, une chambre ou un terrarium ?!! bisou », mais je sais pas s’il va comprendre car j’ai un humour à escaliers. Je suis rentrée chez moi en priant tous les saints pour rencontrer le même énergumène lors de ma prochaine sortie inopinée, mais je suis tombée sur un date Adopte un mec qui au bout de vingt minutes a voulu me vendre des fausses Ray ban aviator. On peut pas gagner à tous les coups.

Et il a jamais rappelé, cela dit moi non plus.


Illustration : Simon Bournel.